Oscaro Power en liquidation : que faire si vous avez commandé un kit solaire ?

Oscaro Power a été placée en liquidation judiciaire début 2025, et la question qui remonte désormais n’est plus « ce kit est-il rentable ? » mais « vais-je être livré, remboursé, ou dépanné ? ».

Les avis sur Oscaro Power publiés un peu partout racontent la même histoire en mille versions : des commandes encaissées, des livraisons incomplètes, un service après-vente aux abonnés absents.

Cet article ne refait pas le récit de la faillite ; il traite les trois dossiers qui restent réellement ouverts : la commande payée et non livrée, la garantie d’un panneau solaire Oscaro ou d’un onduleur en panne, et le choix d’un vendeur qui ne vous laissera pas sans recours.

Que s’est-il passé chez Oscaro Power, et que change la liquidation judiciaire pour vous ?

La société est-elle seulement en difficulté, ou bien liquidée ? La distinction n’est pas cosmétique. Un redressement judiciaire laisse une chance de continuation et de paiement ; une liquidation judiciaire dessaisit le dirigeant, met fin à l’exploitation et confie la réalisation des actifs à un liquidateur. Concrètement, la société ne choisit plus qui elle paie : toute dette antérieure au jugement d’ouverture doit passer par la procédure collective, sans exception de sympathie ni de fidélité client.

Ne vous fiez pas au silence, ni aux messages rassurants. Une boutique en ligne peut rester accessible, une boîte mail continuer de répondre automatiquement, un formulaire de contact fonctionner : cela ne signifie pas qu’une commande sera honorée. Attendre un « réapprovisionnement » ou une « reprise du service client » coûte le seul actif que vous ne récupérerez jamais : le délai légal pour vous faire connaître du liquidateur.

Combien de temps ai-je pour réagir ? Le principe est fixé par les textes : la déclaration de créance doit intervenir dans les deux mois de la publication du jugement d’ouverture au BODACC. Une liquidation prononcée début 2025 signifie donc que ce délai est, en principe, déjà écoulé pour la plupart des clients, d’où l’importance de vérifier votre situation au cas par cas plutôt que de raisonner par analogie.

Ce que la liquidation ne supprime pas

  • Votre qualité de créancier : réclamer une somme due reste possible, mais par la procédure, pas par la caisse.
  • Les garanties commerciales des fabricants de panneaux, d’onduleurs et de micro-onduleurs, qui ne dépendent pas du revendeur.
  • La mise en cause d’un tiers : poseur, transporteur, installateur, co-obligé, le cas échéant.
  • Le signalement du dossier à la DGCCRF, plus utile collectivement que dans une procédure individuelle.
  • La possibilité de se faire accompagner par une association de consommateurs et par la protection juridique d’un contrat d’assurance habitation.

Que faire si vous avez une commande en cours ou non livrée ?

C’est le cas le plus fréquent, et le plus urgent : une somme a été encaissée, la marchandise n’est jamais arrivée, et les relances se perdent. La règle est simple dans son esprit : écrire, prouver, déclarer. Mais elle exige une rigueur d’archivage et un respect des formes.

Étape 1 : reconstituer un dossier de preuve

Rassemblez, dans un même dossier numérique et papier : la facture ou le bon de commande, la confirmation de commande, la preuve de paiement (relevé bancaire ou capture d’écran de l’opération), les échanges par courriel ou via le formulaire du site, et la date de livraison promise. Sans facture, aucune démarche n’aboutit : c’est la pièce numéro un, celle qui fixe le montant, la date et la nature de la créance.

Étape 2 : déclarer votre créance au liquidateur judiciaire

La démarche est encadrée par la fiche officielle sur la déclaration de créance. Trois points comptent :

  1. Le bon destinataire : le liquidateur désigné par le jugement, dont l’identité et l’adresse figurent dans l’annonce publiée au BODACC.
  2. La forme : lettre recommandée avec accusé de réception, ou remise contre récépissé. Un courriel n’équivaut pas à une déclaration.
  3. Le contenu : montant réclamé au jour du jugement, cause de la créance (commande payée non livrée), date d’échéance, et l’ensemble des justificatifs en copie.

Que se passe-t-il si le délai est dépassé ? Le créancier qui ne déclare pas dans les temps encourt la forclusion : sa créance n’est plus prise en compte dans la procédure. Un relevé de forclusion reste demandable au juge-commissaire, mais dans des conditions strictes et sous appréciation souveraine ; faites confirmer la recevabilité de votre dossier plutôt que de la supposer acquise.

Étape 3 : activer les recours parallèles

  • Banque : si le paiement a été effectué par carte, interrogez votre établissement sur une contestation ou une opposition. Les délais sont contractuels et brefs (précisés par votre banque et par le réseau de carte utilisé), donc à traiter sans attendre.
  • Protection juridique : vérifiez votre contrat multirisque habitation ou votre carte bancaire ; l’assistance juridique peut financer les courriers et, au-delà, l’avocat.
  • Litige de consommation : la fiche DGCCRF comment régler un litige de la consommation rappelle la chronologie utile : réclamation écrite, preuve de l’échec, puis recours.
  • Signalement : déposez les faits sur SignalConso. Un signalement isolé ne débloque rien ; un signalement massif alimente les enquêtes.
  • Médiation : elle est gratuite pour le consommateur, mais elle suppose un professionnel capable de transiger, ce que refuse précisément une société en liquidation.

Garanties panneaux et onduleurs : qui répond après la liquidation ?

La garantie « 25 ans » affichée sur un panneau solaire a-t-elle encore un sens quand le vendeur a disparu ? Oui, à condition de comprendre de qui vous attendez quoi. Trois protections différentes sont souvent confondues, et seule l’une d’elles vous oppose au fabricant.

Garantie légale de conformité : contre le vendeur, donc contre une créance

Face à un défaut d’origine (produit non conforme, livraison incomplète, matériel défaillant), c’est le vendeur qui est redevable au titre de la garantie légale de conformité. Oscaro Power étant en liquidation, ce droit ne disparaît pas : il se transforme en créance à déclarer, avec le même risque de recouvrement partiel qu’une commande non livrée.

Garantie commerciale du fabricant : celle qui survit réellement

La garantie de performance des panneaux, souvent annoncée sur vingt-cinq ans, et la garantie produit de l’onduleur ou du micro-onduleur (variables selon la marque et le modèle) sont accordées par le fabricant, pas par le distributeur. Elles restent donc exerçables.

Comment faire valoir cette garantie ? Constituez un dossier avant de contacter qui que ce soit :

  1. Identifiez le fabricant sur l’étiquette au dos du panneau et sur la plaque de l’onduleur, puis relevez la marque, le modèle et le numéro de série.
  2. Joignez la facture d’achat d’origine : sans preuve d’achat, la prise en charge est refusée.
  3. Documentez la panne : relevé de production, code d’erreur de l’onduleur, photographies datées.
  4. Passez par le canal du fabricant, pas par celui d’un revendeur disparu, et conservez la trace de chaque échange.

Garantie de l’installateur : la protection oubliée

Si la pose a été réalisée par un professionnel, c’est sa responsabilité qui est engagée, avec ses propres garanties (parfait achèvement, biennale, décennale selon la nature des dommages) et son assurance. Cette voie est indépendante de la liquidation du fournisseur de matériel, à condition de pouvoir identifier l’entreprise et de disposer d’un devis ou d’une facture de pose.

La qualité du matériel : que valent réellement les kits Oscaro Power ?

Faut-il jeter le matériel avec la marque ? Non, et la nuance est importante. Les retours d’expérience convergent sur un point : les critiques les plus dures ne visaient pas la marchandise mais l’organisation commerciale.

Un panneau solaire Oscaro, comme la plupart des kits solaires Oscaro Power, était un assemblage de composants fabriqués par des industriels tiers identifiables (panneaux, onduleurs ou micro-onduleurs, câblage, coffrets), et ces composants conservent leurs caractéristiques et leurs garanties propres.

Deux réserves techniques méritent pourtant d’être posées, car elles pèsent sur la suite :

  • Les pièces spécifiques au distributeur (rails, fixations, connecteurs, coffrets de protection) ne se remplacent pas dans n’importe quel catalogue. Une casse en toiture ou une extension d’installation devient donc compliquée, même avec des panneaux en parfait état.
  • L’absence de service associé : plus de conseil de dimensionnement, plus de mise en service, plus d’interlocuteur pour l’adaptation à votre tableau électrique. Sur ce type de matériel, l’écart de prix à l’achat se paie parfois en heures d’électricien.

Les chiffres de production annoncés sont-ils fiables ? Ne vous fiez pas à un rendement promis sans mention de lieu, d’inclinaison, d’orientation et d’ombrage. Les rendements constatés en France varient fortement selon la région et la configuration (à calculer dans PVGIS avec l’adresse, l’orientation et l’inclinaison du projet), et un devis qui promet une fourchette sans préciser ses hypothèses reste invérifiable.

SAV et litiges : les cas documentés

Que disent concrètement les dossiers publics ? Trois gisements d’information dominent les recherches, et ils ne racontent pas la même chose.

  • Sur Trustpilot, la fiche marchande d’Oscaro Power concentre les retours clients (dont la note et le volume évoluent avec les nouveaux dépôts) ; les récriminations portent majoritairement sur les livraisons, les remboursements et les délais.
  • Le fil du forum Que Choisir intitulé « Oscaro power arnaque » rassemble des témoignages de commandes payées jamais livrées, de relances sans réponse et de gestes commerciaux dérisoires au regard des sommes engagées.
  • L’antenne UFC-Que Choisir du Tarn documente de son côté les kits solaires « en rade », c’est-à-dire des installations bloquées faute de pièces ou d’interlocuteur.

Le mot « arnaque » est-il juridiquement exact ? Prudence. Ce que décrivent les plaignants n’est pas nécessairement une escroquerie organisée : c’est une société qui a encaissé des commandes sans pouvoir les honorer, avec un service client qui s’est dégradé jusqu’à disparaître. La qualification (manquement contractuel, pratique commerciale trompeuse, voire infraction) relève de l’appréciation du juge et de l’enquête, pas d’un titre de forum.

Côté SAV, les cas rapportés suivent un schéma répétitif : demande de prise en charge technique restée sans réponse, micro-onduleur en panne avec relances ignorées, délais annoncés jamais tenus. Ne vous fiez pas à un avis isolé, ni dans un sens ni dans l’autre : regardez la date de publication, le type de produit concerné et la nature exacte du problème.

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